Le schisme d’EELV en France

Le  parti  écologiste Europe Écologie – Les Verts (EELV)  a  connu  une  histoire  mouvementée depuis sa fondation officielle en 2010. Après leur transition de l’ancien parti, Les Verts, au parti actuel,  EELV,  les  écologistes  ont  acquis  plus  d’influence  dans  le  gouvernement  français. Aujourd’hui, ils représentent un peu moins de 3% du Sénat et de l’Assemblée nationale. Or, c’est  cette  présence  des  Verts dans  l’Assemblée  et  le  Sénat  qui  a  encouragé  le  président François  Hollande  à  les  faire  entrer  au  gouvernement.  Malheureusement,  les  problèmes  à l’intérieur du gouvernement,  comme les désaccords entre Cécile Duflot, ancienne ministre du Logement et de l’Égalité des territoires, et Manuel Valls, actuel premier ministre, ont engendré des  problèmes  internes,  notamment  une  crise  d’identité  du  parti.  Finalement,  les  opinions opposées du président du groupe écologiste au Sénat, Jean­-Vincent Placé, et celles d’autres membres  du  groupe  ont  provoqué  le  schisme  d’EELV et  la  création  d’un  nouveau  parti  :  « Écologistes ! ».

En 2012, l’élection présidentielle a abouti à la victoire du candidat socialiste, François Hollande. Cependant, malgré la défaite de la candidate présidentielle d’EELV, Eva Joly, le parti des verts avait quand même une réelle reconnaissance chez les électeurs, montrée par les quelques 800 000 votes reçus par Eva Joly [1] ce qui explique que, une fois élu, François Hollande a nommé Cécile Duflot comme ministre du Logement et de l’Égalité des territoires. Mais au moment de la transition gouvernementale entre Jean­-Marc Ayrault et Manuel Valls, Cécile Duflot a annoncé qu’elle quittait le gouvernement. C’est suite à cette décision que sont nées plusieurs problèmes internes pour le parti [2]. En  mars  2014,  avant  ce  changement  de  premier  ministre,  les  autres  membres  du  parti  des Verts ne  voyaient pas forcement la démission probable de C. Duflot  comme une tragédie. Le coprésident du groupe écologiste à l’Assemblée, François de Rugy, avait alors assuré que ce n’était  pas  «  une  question  de  compatibilité  »  mais  uniquement  «  une  question  de  feuille  de route, d’engagement politique de ce nouveau gouvernement »[2]. Cependant, un an plus tard ses opinions ont changé quand, avec le président du groupe écologiste au Sénat Jean­-Vincent Placé, il a « signé un texte dénonçant la sortie du gouvernement [de Duflot] comme une erreur stratégique »[3]. Ces réactions de F. de Rugy et de J.–V. Placé arrivaient après la publication du livre de C. Duflot, intitulé De l’intérieur : voyage au pays de la désillusion, dans lequel elle endommage  l’image  de François Hollande  et  Manuel Valls. N’ayant  pas  peur  d’exprimer  leur ressentiment  et  afin  de  protéger  l’image  du  parti  tel  qu’ils  l’imaginaient,  F.  de  Rugy  et  J.–V. Placé  ont  qualifié  la  sortie  de  C.  Duflot  du  gouvernement,  comme  une  «  fuite  devant  les responsabilités,  [un]  syndrome  de Peter  Pan  [refus  de  grandir  et  d’affronter  le réel,  ndlr]  qui entrave  les  écologistes  »[3].  Il  est  clair,  donc,  que  la  nomination  de  Manuel  Valls  comme premier ministre a aggravé les tensions à l’intérieur du parti EELV. Les désaccords entre de Rugy et Placé, d’une part, et Cécile Duflot d’autre part, dépassait la « question de feuille de route »[2]. Spécifiquement, de Rugy a changé son avis en disant qu’ils avaient besoin d’« être un parti de gouvernement plutôt qu’un parti protestataire » et d’ajouter : «  un  splendide  isolement  […]  n’a  pas  de  sens  »,  ce  qui  montre  clairement  son  soutien  à  la présence des verts au gouvernement de M. Valls [4]. Cette  idée  s’oppose  concrètement  à  celle  d’Eva  Joly,  qui  parle  avec  franchise  de l’incompatibilité des Verts avec le gouvernement et qui représente, avec Cécile Duflot, la faction la plus à gauche d’EELV. Selon Eva Joly, « nous [les Verts] étions d’accord pour soutenir un gouvernement de gauche avec une politique de gauche […] Nous n’étions pas d’accord pour soutenir  une  politique  libérale  orthodoxe,  »  ce  qui  met  l’accent  sur  sa  déception  face  au gouvernement[5].  Et  de  poursuivre  :  «  la  ligne  de  François  Hollande  n’est  pas  sociale-démocrate.  C’est  un  système  libéral  et  orthodoxe,  qui  concentre  les  richesses  entre  peu  de mains, et laisse les territoires et les quartiers difficiles tous seuls »[5].

D’autre  part,  le  parti  des  verts  apparait  nettement  en  France  comme  ayant  des  problèmes identitaires, et les désaccords entre ses membres haut placés ne vouaient l’unité du parti qu’à l’échec. D’une part, des membres du parti comme Cécile Duflot et Eva Joly se battaient pour une plus forte adhésion aux idéaux de gauche, et de l’autre, François de Rugy et Jean-­Vincent Placé  soutenaient  un  compromis  avec  le  gouvernement  de  Manuel  Valls.  Comme conséquences de ce schisme idéologique, F. de Rugy a décidé de quitter EELV parallèlement à la publication de son livre Écologie ou gauchisme : il faut choisir[6]. Quelques jours plus tard, J.–V. Placé avait aussi quitté le parti qu’il considérait trop de gauche[7]. Sans surprise, ces deux politiciens ne voulaient pas des idées d’extrêmes gauche. Néanmoins, afin d’éviter de perdre leur place sur la scène politique, ils ont lancé, il y a deux mois seulement, leur propre parti « Écologistes ! ». Fondé sur le principe « d’une écologie pragmatique, réaliste et positive,  »  ce parti  promet  d’inclure plus de  compromis entre  les idées d’EELV et du parti socialiste[8].  Et  donc,  même  si  EELV a  finalement  implosé,  les  membres  haut  placés continueront à exprimer leurs idées dans le monde politique de l’Hexagone.

Un article de Jackson Shain


Sources :

1. http://www.lexpress.fr/resultats­elections/presidentielle­2012_106980.html

2. http://www.lepoint.fr/politique/remaniement­duflot­quitte­le­navire­31­03­2014­1807728_20.php

3. http://www.liberation.fr/france/2015/08/18/ecologistes­j­aime­le­gouvernement­moi­non-plus_1364843

4. http://www.france24.com/en/20140821­hollande­former­housing­minister­calls­him­nobody-president

5. http://www.rtl.fr/actu/politique/eelv­devrait­quitter­le­gouvernement­apres­les­elections-europeennes­selon­eva­joly­7769375661

6. http://www.english.rfi.fr/environment/20150827­top­mp­quits­ultra­left­french­greens

7. http://www.english.rfi.fr/france/20150828­french­green­defections­continue­divided­socialists-stage­summer­meet

8. http://www.lexpress.fr/actualite/politique/jean­vincent­place­et­francois­de­rugy­lancent­leur-parti­ecologiste

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