Le vote blanc en France : critique constructive ou désorganisée

Quand un électeur décide de voter blanc, il dépose une enveloppe vide dans l’urne afin d’indiquer qu’il ne veut pas faire un choix. Avant 2014, le vote blanc n’était pas comptabilisé lors des élections, mais figurait dans la catégorie de « vote nul ». N’ayant donc aucune répercussion sur les résultats des élections, il restait un aspect politique sans grand intérêt ni utilité car personne ne s’intéressait aux taux des votes blancs. Dès la législation de 2014, qui a séparé le taux de votes blanc du taux de votes nuls, le vote blanc est devenu légèrement plus constructif, permettant aux électeurs votants blanc de se démarqués.

Certains trouvent que le vote blanc présente une nouvelle façon d’entrer dans le domaine politique et d’influencer constructivement les partis et le politique. Pourtant, malgré le fait que les votes blancs soient comptabilisés, il reste le problème d’ambiguïté, car il n’existe aucun moyen de préciser les intérêts de chaque électeur votant blanc. Un autre aspect qui réduit l’efficacité du vote blanc est la réalité qu’un suffrage exprimé vaut plus qu’un vote blanc. Donc, d’un côté le vote blanc peuvent être considéré constructif car il critique un manque du choix et les programmes insuffisantes des partis présents. D’autre part, l’ambiguïté intrinsèque à cette technique et sa catégorisation séparée des suffrages exprimés fait du vote blanc une critique mitigée et difficile à interpréter.

Pour les électeurs, le vote blanc représente une manière d’offrir un message directif aux partis. Même si le vote blanc est parfois utilisé par les partis pour des raisons stratégiques, il reste un outil d’électorat. Un cas récent explique bien ce phénomène. Dans une élection départementale à Doubs,  L’UMP, ayant perdu contre le FN au premier tour, a recommandé à ses adhérents de voter blanc pour que le parti n’ait pas à reconnaître la légitimité du FN ni à supporter le PS, son opposition traditionnelle. Le candidat du PS, Frédéric Barbier, a été élu avec 50 à 52% des voix. Parmi les électeurs UMP au 2nd tour, un quart a suivi l’avis du parti en votant blanc. 50% a voté pour le FN tandis que l’autre quart a soutenu le PS.  Il est vrai que l’UMP s’est servi du vote blanc afin de ne pas soutenir d’autres partis, mais il est néanmoins vrai que le vote blanc était plus un outil au service des électeurs. Les électeurs UMP qui ont voté blanc ont exprimé au FN et au PS que ces partis doivent changer leurs programmes pour gagner le soutien du centre droit, si décisif dans ce cas particulier.

Le cas qui précède montre que les électeurs votants blanc constituent une population politiquement active montrant un désir de s’engager dans le domaine politique, mais également confrontée à un manque de choix. Donc, un taux considérable de votes blancs lors d’une élection représente une critique plus profonde qu’un taux d’abstention équivalent, car ce dernier inclut un pourcentage des citoyens politiquement inactifs qui ne votent presque jamais tandis que l’électeur votant blanc n’est surement pas apathique. Il est donc plus facile de transformer un vote blanc en suffrage exprimé que de transformer une abstention. Ainsi, ces partis se rendent compte qu’ils ont ostracisé beaucoup de gens politiquement actifs et doivent faire un effort pour les attirer. Un cas hypothétique serait utile pour illustrer ce phénomène : un électeur EELV, qui s’oppose à la construction d’une nouvelle usine polluante, est confronté à deux candidats qui soutiennent cette construction. Pour cet électeur EELV, l’acte de voter blanc est la seule manière de manifester publiquement son opposition contre l’industrie. S’il peut indiquer pourquoi il a voté blanc, les candidats en question réalisent que, en étant plus proche du programme EELV, ils auraient pu gagner le vote vert. Mais, le problème à régler pour l’électeur votant blanc, c’est de trouver un moyen de préciser aux autres partis la raison qui le pousse à manifester son mécontentement.

Bien que le vote blanc exprime un sentiment de malaise avec le système politique, ce sentiment ne présente pas une critique unifiée ou constructive aux partis. La population qui vote blanc est hétérogène et possède un avis politique divers et par conséquent, les causes du vote blanc sont généralement variées. Un problème est le fait qu’il n’existe aucun moyen de distinguer un vote blanc d’un autre dans le cas des élections à scrutin uninominal majoritaire à deux tours (présidentielles, et législatives). Chaque parti éliminé au premier tour donne habituellement à ses adhérents des consignes de votes pour le second tour. Parfois, ces partis soutiennent un candidat possédant un avis similaire, mais dans d’autres cas plutôt rares, certains partis appellent au vote blanc ou à l’abstention. C’était le cas de Marine Le Pen lors de la présidentielle 2012 ou Jean-Marie Le Pen en 2007. Mêmes dans ces cas spécifiques, les politiciens ne peuvent pas compter sur leurs adhérents pour suivre les consignes de votes. Selon Le Figaro, 95,7 des électeurs ne tiennent pas comptent des consignes de votes. Ainsi, il se peut que plusieurs partis avec des idéologies différentes se servent du vote blanc pendant une même élection, contribuant à l’ambiguïté du vote blanc. Donc, même si, ceux qui votent blanc perçoivent leur action comme un critique directif aux partis, les partis eux mêmes ont du mal à tirer un message cohérent de la part d’une population si mélangée.

Vu que le vote blanc n’est pas comptabilisé comme un suffrage exprimé et que son message est difficile pour les partis à interpréter, le vote blanc peut ironiquement jouer en défaveur d’électeur. Ceux qui votent blanc sont plus souvent des petits partis à l’extrême du spectre politique, et le bût de ces partis est d’incorporer leurs idées politiques dans les discussions des grands partis. Parce qu’un suffrage exprimé a plus de valeur qu’un vote blanc, les grands partis font plus attention aux électeurs ayant exprimés une voix.  Si les électeurs des petits partis décident de voter blanc, les grands partis se sentent moins obligés d’incorporer leurs idées car ces votes-là ne sont pas gagnés par l’opposition. La structure du vote blanc, donc, est telle qu’elle enlève l’esprit du compromis. Certains politiciens ont compris l’influence que les petits partis peuvent exercer lors des élections. Eva Joly lors des élections 2012 a utilisé les consignes de votes afin de gagner de l’influence et une potentielle alliance avec un parti présent au second tour. Elle avait réussi à obtenir une alliance entre son parti EELV et le Parti Socialiste qui a ensuite nommé des membres du parti écologiste à diverses positions au sein du gouvernement. Ainsi elle a pu mettre au-devant de l’agenda politique français, les problèmes écologiques, notamment l’énergie nucléaire, qui n’aurait pas été au premier plan. Vu les avantages des coalitions exemplifiées ci-dessus, la valeur symbolique du vote blanc doit être mesurer contre l’acte de voter pour le moindre mal.

Bien sûr, le vote blanc représente un outil politique qui donne une opportunité des autres partis et citoyens mal représentés aux élections d’exprimer leur voix de mécontent contre un manque de choix.  En même temps, cette expression de ne pas choisir un candidat constitue un message incertain des électeurs aux politiciens qui peuvent d’une certaine manière défavorisé ce qui ont voté blanc. Vu que le vote blanc est juste récemment devenu un phénomène électoral, l’évolution du vote blanc aux élections françaises révèlera plus précisément ses implications.

Par Matthew Cullom, Sophie Haggerty, Kshithij Shrinath

Bibliographie

Corsan, Olivier, « Doubs : la moitié des électeurs UMP aurait voté FN au second tour. » Leparisien.fr. Le Parisien, 13 février 2015 http://www.leparisien.fr/politique/doubs-la-moitie-des-electeurs-ump-aurait-vote-fn-au-second-tour-13-02-2015-4531035.php

« Mélenchon et Joly pour Hollande, Le Pen et Bayrou sans consigne », Le Monde, 22 avril 2012, http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/04/22/le-ps-assure-que-rien-n-est-gagne-l-ump-appelle-a-continuer-le-combat_1689421_1471069.html (16 Mars 2015)

Zulfikarpasic Adélaïde, « Le vote blanc : abstention civique ou expression politique ? », Revue française de science politique 1/2001 (Vol. 51) , p. 247-268. www.cairn.info/revue-francaise-de-science-politique-2001-1-page-247.htm.

Juppé, Alain, « Selon le Figaro, 95,7% des votants ne tiennent pas compte des consignes de vote des partis politiques. » Actudirect, 26 mars 2015 https://actudirect.com/citations/selon-le-figaro-957-des-votants-ne-tiennent-pas-compte-des-consignes-de-vote-des-partis-politiques-a-mediter

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